Ouest-France – Angers. Les dessous d’une succession savamment orchestrée

Frédéric Béatse sera élu maire, ce midi, avec une majorité fragilisée. En exclusivité, Ouest-France vous révèle les coulisses d'une prise de pouvoir.

Frédéric Béatse sera élu maire, ce midi, avec une majorité fragilisée. En exclusivité, Ouest-France vous révèle les coulisses d’une prise de pouvoir.

L’histoire …

1998 : Un « Yalta » à l’Angevine

Nous sommes en 1998. Jean-Claude Antonini vient d’être élu maire. La scène se passe dans un café du centre-ville d’Angers. Une réunion rassemble Frédéric Beaste, conseiller municipal depuis 1995, Luc Belot, président des Jeunes socialistes, Romuald Tahari, président du syndicat étudiant Unef et Hermann Corvé, membre du bureau national des Jeunes socialistes. Frédéric Béatse, le plus vieux, prend la parole. « Il disait que les jeunes et l’avenir, c’était nous », raconte Romuald Tahari, « Si nous voulons prendre Angers dans l’avenir, on doit faire deux choses : creuser le sillon au PS pour prendre la direction de la section angevine et obtenir de Jean-Claude Antonini des places pour les jeunes en 2001. On doit entourer le maire en lui faisant allégeance suffisamment pour obtenir le maximum et écarter le moment venu les quadras, Rotureau et Carré, qui sont les mieux placés pour incarner la relève ».

2001 : L’après-Monnier

En 2000, Frédéric Beatse réussit par les réseaux rocardiens (cabinet de Jean-Paul Huchon) à envoyer l’Angevin Olivier Vaillant au cabinet du maire de Mulhouse, Jean Marie Bockel. Celui-ci revient ensuite au départ de Jean Monnier, en 2001, au cabinet de Jean-Claude Antonini. Tout s’articule parfaitement. Il connaît bien aussi Luc Belot, jeune conseiller municipal comme Frédéric Béatse. Inès Tomé viendra compléter l’équipe au cabinet, quelques années plus tard. Michèle Moreau parle aujourd’hui d’un « cabinet suprême » qui formait une « emprise ». « On entourait le maire pour que les adjoints n’interfèrent pas avec lui. Mais jamais on ne valorisait l’équipe… »

2003 : La question qui fâche

Jean-Claude Antonini s’apprête à devenir vice-président de la Région. Jean-Luc Rotureau pose au maire « la » question qui fâche. « Comment comptes-tu t’organiser désormais pour gérer la ville et l’agglo ? » Un crime de lèse-majesté qui lui sera sévèrement reproché.

2004 : Pas de place pour un « maire bis »

Jean-Luc Rotureau est alors adjoint aux sports. Jean-Claude Antonini vient le voir. Il lui propose de chapoter les conseils consultatifs de quartier. L’adjoint demande du temps pour réfléchir. Le lendemain, il donne son accord en émettant des conditions. Finalement, cela ne se fera pas. Tout se joue lors d’un voyage à Bamako. La raison : le cabinet du maire s’inquiète de voir Rotureau mettre un pied dans les quartiers. « Jean-Claude, fais attention : tu es en train de mettre à la tête d’Angers un maire bis ».

2007 : Régler le cas d’Hervé Carré

Hervé Carré, l’autre adjoint qui monte, a des velléités pour succéder au maire. Il est sanctionné après une prise de parole sur le projet de rocade Sud. Et se retrouve adjoint aux espaces verts. Affaibli, il claque la porte du conseil municipal et se rallie à Christophe Béchu. La 1ère adjointe, Michèle Moreau, qui évoque des problèmes « d’éthique » au sein de la municipalité, en fait autant.

2008 : « Sacrifier une génération »

Jean-Claude Antonini est réélu de justesse. Luc Belot a joué un rôle capital dans l’élection, comme directeur de campagne. Le deal est clair. Le maire d’Angers restera en place jusqu’à l’inauguration du tramway et lancera les études sur les voies sur berges, un projet qui lui est cher, avant de quitter son fauteuil. Il restera à l’agglo, par respect pour ceux qui l’ont élu. Fin stratège, Christophe Béchu confie alors, en aparté : « Cela a été dur pour eux. Avant 2014, ils vont devoir sacrifier une génération… »

Janvier 2011 : Un séminaire tendu

Début 2011, un séminaire sur les finances a lieu avec les élus de la majorité angevine. Il s’agit de programmer les principaux investissements pour les années à venir. Dans le rang de la majorité, Jean-Luc Rotureau s’oppose au maire. Cela ne s’est jamais su. Il demande le report du projet de centre de congrès et du centre aqualudique. Il n’est pas le seul à penser que pour lui, il ne faut pas le faire maintenant. Il argumente en disant que cela permettrait à l’équipe municipale de ne pas augmenter l’impôt pour les ménages. Il s’oppose ainsi au maire et à sa garde rapprochée. Qui ne lui pardonneront jamais.

Mai 2011 : Rotureau sort du bois

Jean-Luc Rotureau déclare sa candidature à la mairie d’Angers, pour l’échéance de 2014. Il émet l’idée d’une primaire pour désigner le successeur de Jean-Claude Antonini. Cette annonce surprend tout le monde. « L’adjoint passera un sale quart d’heure en réunion du groupe majoritaire », raconte un élu qui a assisté à la scène.

Novembre 2011 : Vers une primaire à Angers

Une réunion a lieu à la section locale du Parti socialiste. Après le succès de la primaire citoyenne, Jean-Luc Rotureau continue de réclamer la même chose au plan local. Il argumente et autour de la table, les militants sont séduits. À l’issue de cette réunion, Luc Belot, Frédéric Béatse et Jean-Claude Antonini sont bien obligés d’admettre qu’une primaire est inéluctable. Le maire : « Il semble évident qu’il y aura une primaire pour la désignation de mon successeur aux municipales de 2014 ». Frédéric Béatse : « La primaire, on la fera, en temps voulu. Si je suis candidat aux municipales d’Angers en 2014 ? Je ne répondrai pas maintenant. Je saurai le dire le moment venu ». Seul Daniel Raoul se montre prudent et avoue se demander « à quel jeu joue Jean-Luc Rotureau ? ».

Janvier 2012 : La démission surprise

Jean-Luc Rotureau devient gênant : il tisse sa toile à Angers. En coulisses, certains affirment que son réseau est plus large que celui de Frédéric Béatse. Il organise réunion sur réunion, avance ses pions dans les quartiers… Il rassemble des cercles d’amis influents prêts à lui apporter son soutien lors des municipales de 2014. Une réunion importante est même prévue courant janvier. Cela finit par se savoir dans les couloirs de la mairie d’Angers. Il faut accélérer les choses, avant que Jean-Luc Rotureau ne s’impose aux yeux de tous. La seule option : que le maire démissionne par surprise, qu’il désigne son successeur et que celui-ci soit nommé immédiatement après. La question aurait été évoquée lors d’une réunion secrète, pendant les vacances de Noël, en présence du cabinet Euro-RSCG (lire par ailleurs). Le 19 janvier, Jean-Claude Antonini remet sa démission au préfet.

20 janvier 2012 : Un successeur désigné en 12 heures

Le maire convoque son groupe stratégique à 8 h : Jean-Luc Rotureau, Frédéric Béatse, Luc Belot, Christian Cazauba, Gilles Mahé et Monique Ramognino. Puis les oreilles des conseillers municipaux chauffent toute la journée. Il faut convaincre les plus hésitants. Le cabinet du maire appelle les uns et les autres pour s’assurer de leur appui. Le maire réunit sa majorité à 17 h 30 et indique qu’il votera pour Béatse. Dans la foulée, raconte un élu de la majorité qui se sent « floué », « certains de mes collègues ont lu une déclaration que le cabinet leur avait écrite ! » La phrase de Jean-Claude Antonini prononcée alors à son équipe est à double sens : « Il fallait surprendre notre adversaire ». Mais qui était le véritable « adversaire », finalement ? Christophe Béchu ? Ou Jean-Luc Rotureau ?

Source : Ouest-France

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