CSSP49 – Les ALGÉCOS : Acte 1

Depuis de nombreuses années, à Angers mais dans bien d’autres villes, tous les demandeurs d’asile ne disposent pas d’un hébergement. Ils sont nombreux à devoir passer l’hiver dans des abris de fortune (mais pas seulement l’hiver…). En ce sens, la réquisition de logements vides est une des réponses défendues par le Collectif.

Le 27 octobre 2012, suite à une première manifestation dénonçant les graves manquements de l’État, quatre maisons situées rue d’Orgemont (quartier de la Roseraie) ont été réquisitionnées et accueillent des demandeurs d’asile sans hébergement mais également des familles Rroms ainsi que des jeunes français sans hébergement (une cinquantaine de personnes).

Ces bâtiments, vides depuis des années, sont la propriété de la ville d’Angers. Cependant, la Mairie d’Angers a entamé une procédure à l’encontre des occupants. Une première audience devait avoir lieu le lundi 10 décembre ; celle-ci est reportée au 18 décembre à 9h30 (Tribunal d’Instance, Bd de Coubertin). En parallèle, la Préfecture avait mis à disposition un vieux gymnase totalement vétuste et dépourvu du confort minimal (pas d’eau, pas de chauffage). Le CSSP49 avait, à ce propos, exprimé son indignation à la fois devant cette proposition mais aussi en réponse aux propos tenus par le Préfet à l’encontre des demandeurs d’asile. Pour lui, la stratégie était claire : faire en sorte que les demandeurs d’asile présents sur Angers puissent faire passer le message… « ici, on veut plus de vous ! » et ainsi faire cesser les « fameux » appels d’air (vieux refrain sans cesse seriné par les décideurs locaux).

Cependant, la situation sur le terrain perdure. Le gymnase, aussi obsolète et insultant soit-il, est incapable d’accueillir les personnes sans hébergement. Dans ce contexte, une réunion s’est tenue le 7 décembre dernier à la Mairie d’Angers en présence de Rose-Marie Véron (adjointe au Maire) et du directeur de Cabinet. Plusieurs membre du Collectif ont fait part de leurs observations.

Lors de cette rencontre, la Mairie, en partenariat avec de nombreuses associations (selon ses dires), propose une solution pour pallier au déficit récurent d’hébergements pour quatre types de populations différentes que sont :

  • les demandeurs d’asile isolés, dont l’hébergement est du ressort de l’État (l’hébergement ainsi que l’ensemble des conditions matérielles minimales d’accueil comme le prévoit les différents textes relatives au droit d’asile
  • les familles de demandeurs d’asile avec enfants (qui sont également du ressort de l’État)
  • les jeunes français sans hébergement
  • les familles de Rroms de Roumanie (dont la situation administrative dépend de l’État)

Des populations qui peuvent apparaître différentes mais qui se retrouvent très souvent côte à côte en ce qui concerne leurs difficultés à faire reconnaître leur droits et leur dignité. Sur ce point, rien ne peut les rapprocher davantage.

Pour toutes ces populations, la Mairie (et la Préfecture) proposent : Entrée rue Couffon, derrière les locaux de la Prévention Routière et des Scouts de France, le long de la « quatre voies », une portion de parking sur laquelle sont posés des « algécos » (type cabanes de chantiers). Ces préfabriqués, appelés également algécos, sont censés accueillir les personnes de 21h le soir à 7h le lendemain matin.

Cette implantation (les plans et photos nous sont fournis) de 250m2 de bâti sur 500m2 de bitume pris en bout d’un parking privé pour camping-car, pour 67 personnes et une dizaine de chiens (huit cages dans les locaux pour SDF) défie les records d’exiguïté, tant à l’intérieur qu’à l’extérieur.

Pour découvrir les lieux : https://village49.wordpress.com/2012/12/07/derapage-municipal-parc-a-sdf-par-la-mairie-dangers

La capacité de ces blocs modulaires était d’ores et déjà insuffisante pour rassembler les personnes hébergées dans le gymnase et les personnes vivant au Village. D’autre part, outre l’exiguïté des lieux mis à disposition et l’environnement immédiat, la mairie se contente d’héberger la nuit mais reste dans une logique d’urgence et les remet dehors dès le petit matin. Aucun repas sur place n’est possible.

Ces différentes populations ont pourtant besoin de se poser dans la durée pour simplement envisager un autre horizon que la rue. Sans accompagnement social, sans habitat de jour comme de nuit, les problèmes perdurent et continueront sans doute à s’aggraver. Un accueil durable de jour comme de nuit est une condition préalable à la sortie de la rue, la deuxième étant un suivi social pour les SDF,les Rroms et les demandeurs d’asile les plus fragiles.

Un dernier point sur la situation des enfants. En effet, en termes de respect des Droits de l’Enfant, Angers, ville amie des enfants en 2012 , ne peut sans doute pas faire mieux que de proposer aux familles ce type d’hébergement. L’argument sans cesse mis en avant qui consiste à se retrancher derrières les compétences respectives des collectivités (notamment en évoquant la compétence de la protection de l’enfance du Conseil Général) ne tient pas au regard de l’éthique qui doit amener les décideurs locaux à faire le nécessaire pour répondre à ces situations.

Sur ce point, les maisons réquisitionnées apportent davantage puisqu’elles encouragent un vivre ensemble, permettent un semblant de vie « normale ». Les habitants peuvent y préparer des repas, se reposer si besoin, y laisser leurs affaires personnelles. Certes, ce n’est pas le grand confort mais c’est déjà ça.

Bien sûr, certains diront que les blocs modulaires, c’est mieux que la rue, le froid et la nuit. C’est certain. Que répondre à cela. Cependant, au fil du temps, l’État comme les collectivités locales prennent des habitudes. Au nom de l’intérêt économique supérieur, on ne peut plus répondre aux situations. Les uns et les autres oublient souvent d’évoquer les baisses de budget ou les fermetures de places d’hébergement d’urgence (propices au sentiment de saturation), ou encore le gaspillage de l’argent public dans des nuitées d’hôtel qui n’ont jamais et ne donneront jamais satisfaction.

Et pourtant, quitte à dépenser de l’argent, autant le faire avec un minimum d’éthique et de vision. A quoi bon apporter des réponses qui n’en sont pas, qui ne sont là que pour soulager les consciences. Un mois avant cette rencontre, la presse faisait écho de l’achat d’un tableau de Leprince, par la Mairie d’Angers (avec le soutien de la Région et de l’État) pour un montant de 248.747 euros.

Une question de priorité sans doute.

Source : CSSP49

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